Les châteaux forts normands

Etant originaire de Provence, j’ai souvent été dans des reconstitutions médiévales aux abords de villes fortifiées connues pour les vestiges de leurs solides bastions du Moyen-Âge. Un environnement qui n’est, malheureusement, pas si courant en Normandie. Cette région a vécu son lot d’invasions et de guerres qui ont détruit une bonne partie de son patrimoine, mais tant est qu’on s’y intéresse un peu, on peut tomber sur des petites merveilles historiques datant des ducs de Normandie comme c’est le cas pour les deux châteaux forts dont il est question dans cette vadrouille qui nous ramène dans le temps et nous retrace les affrontements légendaires : le château de Hautot-sur-Mer et le château d’Arques-la-Bataille.

Le château de Hautot-sur-Mer

Aussi appelé Château de Bernouville, voici un lieu aussi atypique que magnifique. Situé dans le bois de Bernouville, vous trouverez au détour du sentier de discrets vestiges castraux datant du XIe siècle, à l’époque où la ville s’appelait encore Hotot (ancienne graphie anglo-scandinave qui signifie « terrain en pente » et « site à bâtir »). Ce château fort, d’une superficie de 14 000m² dont subsiste encore le châtelet d’entrée, était alors la propriété de la très grande et très vieille famille d’Estouteville dont les pères ont combattu aux côtés de Guillaume le Conquérant pour la conquête de l’Angleterre, avant d’être assiégé par les Anglais pendant la Guerre de Cent Ans au XVe siècle, transformant cette forteresse en ruines dont les pierres serviront à construire des hameaux pour les villages voisins. Le bois quant à lui n’est venu que bien plus tard, au XIXe siècle, et fut planté pour aménager une promenade.

Malgré l’activité humaine qui a forgé ce lieu, c’est très agréable de marcher sur ces terres reculées au milieu d’une végétation sauvage, jalonnée par des sentiers effacés le tout dans une ambiance secrète et paisible. En baladant ici, on a eu une grande impression de simplicité et modestie ; pas d’exploitation touristique, les ruines sont vaguement indiquées par un panneau non loin du bois, pas de barrières… un peu comme si l’on vous incitait à tomber sur ces vestiges par hasard au détour d’une vadrouille.


Le château d’Arques-la-Bataille

La seconde étape de notre randonnée nous emmène à 11kms plus au sud-est, dans la ville d’Arques-la-Bataille, non loin de Dieppe ainsi que de la forêt d’Eawy dont j’ai déjà parlé auparavant. Situé dans l’ancien pays du Talou – qui englobe l’actuel pays de Bray et pays de Caux, territoire cédé au viking Rollon par Charles le Simple – la ville d’Arques-la-Bataille tire son nom de l’ancienne graphie Arcas relative à une arche, la terminaison « la-Bataille » fait référence à la bataille livrée par Henri IV ancien roi de France au XVIe siècle.

Le château, d’une superficie de 40 000m², fut construit par le comte Guillaume de Talou, dit Guillaume d’Arques, en 1037 mais il connut rapidement de nombreux sièges dont le premier en 1053, fut mené par le propre neveu de Guillaume d’Arques, Guillaume le Conquérant. Par la suite, le fils de ce dernier, Henri de Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, y fit quelques aménagements dont un donjon afin d’en faire une véritable place forte. Le château prouva à maintes reprises sa robustesse notamment en 1195 face à Richard Coeur de Lion qui ne parvint pas à défaire la garnison. De traités en traités, multiples furent ses illustres possesseurs et il s’improvisa comme résidence provisoire de quelques personnages historiques comme Jeanne d’Arc par exemple, qui y logea lors de son périple carcéral vers Rouen ou encore Louis XIV, alors enfant, qui le visita avec la reine régente Anne d’Autriche.

Doté d’une vie militaire fournie, faisant face aux sièges et aux batailles sans jamais faiblir, le château d’Arques tomba peu à peu en désuétude lorsqu’il fut laissé à l’abandon au XVIIIe siècle. Il devint alors lieu touristique et même musée, classé monument historique au XIXe siècle avant d’attirer l’attention des allemands en 1940 qui y placèrent des canons antiaériens avant de quitter les lieux en 1944 non sans en faire exploser une partie avec leur stock de munitions. Depuis 2003, le château est interdit au public pour des raisons de sécurité mais en 2019, le Ministère de la Culture a mis en place une opération de restauration de certaines parties.

Bien que l’accès à l’intérieur soit impossible, il vous est toujours permis d’en faire le tour via un sentier bien dégagé, qui vous donnera notamment la vue sur le confluent des trois vallées de la Béthune, la Varenne et l’Eaulne. Vous pourrez également croiser les moutons et chèvres du Conservatoire dont la mission est de tondre naturellement les douves. La ville d’Arques-la-Bataille mérite, elle aussi, une petite visite non moins agréable.

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